La CNE et l'action internationale
Mondialisation, délocalisations, désolation…
Quels que soient les beaux discours des dirigeants et des patrons, comme travailleurs nous nous rendons bien compte que la mondialisation joue contre nous. Tous les droits que nous avons, c’est dans des espaces nationaux que nous les avions conquis. De plus en plus, ils sont remis en question par l’internationalisation… et c’est à l’international qu’il nous faut les conquérir à nouveau.
La CNE est convaincue que, tout en continuant à lutter pour défendre nos droits ici, il nous faut désormais jeter les bases d’un syndicalisme international. Et que cela ne se fera pas sans des milliers de militants et militantes conscients, bien formés et bien informés. C’est pourquoi elle a mené en 2003 une vaste campagne Le syndicalisme dans la mondialisation, dont les résultats essentiels ont été présentés sous la forme d’un Lexique de la mondialisation, disponible pour les militant-es en français ou en allemand.
Dans la foulée de cette campagne, et des précédentes, nous développons aujourd’hui une campagne Patrimoine Social Européen avec nos collègues de la LBC : nous espérons être rejoints sur ce front par de nombreuses organisations sociales et syndicales, en Belgique et en Europe.
Pourquoi avons-nous besoin d'international ?
Les délocalisations sont l'exemple le plus spectaculaire de la destruction de notre société par la mondialisation, mais les travailleurs savent bien qu'avant d'en venir là, leurs patrons ne se privent pas pour opposer à toutes leurs revendications l'argument des "coûts moins élevés ailleurs"...
Les entreprises, en particulier les multinationales, ont depuis 30 ans joué la carte de la concurrence internationale pour affaiblir le rapport des forces établi par les syndicats dans chaque pays. Tiens, comment ce même argument peut-il bien être servi dans tous les pays en même temps ?
Il est donc clair que le syndicat a besoin de se redéployer au niveau international, et en premier lieu au niveau européen : il faut rappeler que la quasi totalité de nos échanges économiques se font depuis et vers des pays de l'Union Européenne.
En même temps, cela doit se faire sans naïveté : pas question d'abandonner de bonnes conventions nationales pour de vagues recommandations européennes, ou pour des droits harmonisés vers le bas.
L'action syndicale internationale de la CNE se développe dans six directions
1. le soutien à des actions internationales de militants "à la base"
2. la coordination salariale avec les pays voisins
3. la solidarité avec des collègues syndicalistes mis en danger à cause de leur engagement
4. les Comités d'Entreprise Européens (dans les multinationales)
5. la participation à des internationales syndicales
6. la participation aux Forums Sociaux
1. Le soutien à des actions internationales de militants "à la base"
La priorité, pour la CNE, est de tisser des liens concrets entre militants syndicaux de divers pays concernés par une même réalité : travailler dans la même multinationale, par exemple.
Pour cela, elle vient entre autres de dégager une part de son budget, exclusivement pour des actions internationales de militants.
Jusqu'ici, c'est souvent à l'occasion de crises ou de fermetures (Renault Vilvorde, Marks & Spencer...) que des actions sont menées ... parfois trop ponctuellement. L'ambition est de construire progressivement des réseaux de militants basés sur une réelle connaissance et confiance mutuelles, et tournés vers la mise au point progressive de capacités de négociation commune. Pour cela, il faut partir d'un niveau assez proche des militants : une multinationale, ou au maximum un secteur de production.
Cela suppose de surmonter des obstacles : la langue évidemment, la diversité des modèles de syndicalisme et de négociation, mais aussi hélas la tentation nationaliste.
2. La coordination salariale avec les pays voisins
La question des salaires est évidemment au centre de la mise en concurrence voulue par les multinationales. Les directives de l'Europe "sociale" interdisent formellement de traiter cette question au plan européen, par exemple dans les Comités d'Entreprise Européens, et les tentatives de politique concertée au niveau de toute l'Europe ont jusqu'ici donné peu de résultats.
La CNE et la CSC dans son ensemble se sont donc inscrites dans le groupe dit "de Doorn", du nom de la ville qui a accueilli une première fois les syndicats allemands, néerlandais, luxembourgeois et belges pour tenter d'harmoniser et de concerter les revendications salariales. Ce groupe vise à faire avancer un petit groupe de pays très liés économiquement, avec l'espoir d'entraîner progressivement les syndicats de l'ensemble de l'Union Européenne...
3. La solidarité avec des collègues syndicalistes mis en danger à cause de leur engagement
La tranquillité acquise dans nos pays depuis longue date nous ferait presque oublier que le syndicalisme y a été longtemps considéré comme un délit, et que de nombreux militants syndicaux de Wallonie et de Bruxelles ont rencontré les fusils des gendarmes. Mais dans la plupart des pays du monde, c'est malheureusement encore comme cela. La Colombie détient le triste record de l'assassinat de syndicalistes, tandis que d'autres pays d'Amérique Latine et d'Asie ne protègent toujours pas le droit des travailleurs de s'associer.
Pour nous, défendre leurs droits c'est aussi défendre les nôtres... dans les deux sens :
- une collègue brésilienne expliquait que chaque recul social ou salarial en Europe se répercute rapidement chez eux : leurs entreprises veulent maintenir un "avantage compétitif" par rapport aux conditions de travail et de salaire pratiquées ici.
- dans l'autre sens, c'est l'organisation et la défense des travailleurs du "tiers monde" qui limite la pression à la baisse de nos salaires ou à la délocalisation... et surtout redonne à ces travailleurs un peu de la dignité et de la sécurité d'existence chèrement conquise ici.
La CNE soutient donc financièrement plusieurs projets de construction ou de consolidation d'organisations syndicales dans différents pays : le Burkina Faso, le Salvador, le Congo-Brazzaville... Ainsi que les syndicats colombiens, confrontés à la guerre sale de l'armée et des paramilitaires, les syndicats du cône sud de l'amérique latine (Argentine, Chili, Uruguay, Paraguay) qui tentent de développer une action syndicale dans les secteurs dits "informels", c'est-à-dire de tout petits boulots prestés par des enfants, des jeunes, des femmes seules, etc.
La CNE a aidé et aidera encore des collègues menacés de mort dans leur pays à cause de leur action syndicale, à s'échapper et à trouver asile en Belgique.
Enfin, nombre de militants et d'affiliés de la CNE participent à un réseau "Actions Syndicales Urgentes" sur des cas signalés par Amnesty International ou par des Internationales Syndicales.
4. Les Comités d'Entreprise Européens (dans les multinationales)
5. La participation à des internationales syndicales
La CNE est affiliée directement à plusieurs internationales syndicales, pour les différents secteurs qui la concernent :
- l'UNI (Union Network International) pour les employés et cadres des fiances, du commerce et de la CPNAE: l'UNI résulte de la fusion de 3 internationales (médias, graphisme et communication) autour de l'ancienne internationale des employés (FIET)
- l'EMCEF pour les secteurs de l'énergie et de la Chimie
- la FEM pour les secteurs du Métal
- l'UITA pour l'Industrie Alimentaire
En outre, via la CSC, la CNE fait partie d'internationales inter-sectorielles :
- la CES (Confédération Européenne des Syndicats) regroupe tous les syndicats au niveau européen
- la CMT (Confédération Mondiale du Travail) regroupe au niveau mondial les syndicats d'origine chrétienne
6. La participation aux Forums Sociaux