Les travailleurs de Carrefour retiennent leur souffle

En ce moment-même, la direction de Carrefour annonce les mesures qu’elle compte prendre pour redresser le chiffre d’affaire du groupe. Aucun chiffre n’est encore connu, mais les syndicats s’attendent à de mauvaises nouvelles.


Cela fait quelques jours que les rumeurs plus inquiétantes les unes que les autres circulent : l’Echo pronostique même, ce matin, entre 2000 et 5000 pertes d’emplois pour le groupe Carrefour en Belgique. Pourtant, aucun chiffre n’a encore été annoncé, ailleurs que dans les médias. Une certitude cependant : l’enseigne ne se porte pas bien. Le chiffre d’affaire ne fait que reculer depuis des mois, et un magasin sur deux perdrait aujourd’hui de l’argent.

Carrefour s’était pourtant déjà séparé de 16 magasins en 2007. Une restructuration qui n’a visiblement pas porté ses fruits, tout comme le passage des travailleurs des magasins franchisés dans une autre commission paritaire moins avantageuse (notamment sans délégation syndicale), la CP202.01, en 2008. Rien d’étonnant à cela, selon Irène Pêtre, secrétaire permanente nationale CNE : « Ce n’est pas en payant moins le personnel qu’on rentabilise une entreprise. Au lieu de saquer dans ces dépenses, la direction devrait prendre des initiatives commerciales. »

Et en termes d’initiatives commerciales, Carrefour semble peiner un peu : il y a quelques semaines à peine, le groupe annonçait une phase-test dans ses magasins. L’idée est de réduire la taille des hypermarchés et de louer les surfaces libérées à des firmes extérieures, comme l’enseigne d’électro-ménager Krefel. « Mais ce n’est pas ça qui attire les clients, ici. La direction (française) n’a pas compris les différences de marché entre la Belgique et la France. Chez nous, la concurrence est beaucoup plus rude, car tout est relativement proche et les clients zappent d’une enseigne à l’autre : ce n’est pas parce qu’il y a un Krefel chez Carrefour que les clients vont se déplacer jusque là. »

Et si la direction n’a pas l’air de trouver les bonnes solutions, c’est sans doute aussi parce que son objectif n’est pas tout à fait de maintenir l’activité. Selon Irène Pêtre, « depuis que le groupe est géré par un fonds d’investissement, la direction ne tâche pas de faire vivre l’entreprise, mais de rentabiliser les actions Carrefour. En France, les actionnaires principaux les ont achetées 50 euros pièce il y a 3 ans, en pensant effectuer une bonne opération immobilière, mais aujourd’hui, elles valent moins de 30 euros. Ils cherchent seulement à rentabiliser leur investissement en un minimum de temps, quitte à tout vendre. Et c’est ça qui nous fait très peur. » En ce moment-même, les travailleurs de Carrefour risquent bien de ne faire partie que d’une équation financière.

 

Julie Coumont