Mesures de crise - Présentation
La crise : un prétexte pour solder les droits des travailleurs ?
Acte Un : des banquiers cupides jouent l’argent de leurs clients dans des crédits «pourris». Ils prennent des risques insensés qui conduisent à une crise financière sans précédent.
Acte Deux : c’est l’ensemble de l’économie qui trinque – jusqu’à des pays entiers, comme l’Islande, qui se retrouvent au bord de la faillite. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, des milliards d’euros sont mobilisés pour voler au secours des institutions financières.
Conséquence : il ne reste guère de moyens budgétaires pour de vraies mesures favorables à l’emploi. Or il y a urgence : certaines entreprises ont des problèmes de commandes ou bien de financement. Les « crédits pourris » vont-ils pourrir aussi les contrats d’emploi et les droits des travailleurs ?
Cette crise est un prétexte en or pour ceux qui veulent tirer vers le bas le statut et les droits des employés. On nous explique qu’avec moins de protection et moins de règles, les investisseurs vont accourir… et qu’en fin de compte ce sera bon pour les travailleurs.
Rien n’est moins vrai. Il est temps de rappeler que c’est précisément le manque de règle et de contrôles sérieux qui a conduit à cette crise énorme. Tout au contraire du refrain patronal qui trouve dans la crise un nouveau prétexte, nous pensons que la situation actuelle demande davantage de règles et de protection des emplois.
L’agenda caché des patrons
Bien sûr, dans certaines entreprises et même dans certains secteurs, la crise est bien réelle : nous n’allons pas faire comme s’il ne se passait rien… Mais ce serait aller un peu vite que de considérer que les problèmes se posent partout. Et ce serait se tromper entièrement que d’imaginer que les employés et leur statut sont la cause de cette crise !
Bien sûr, les problèmes exigent des solutions. Mais attention : le remède dont les patrons rêvaient était pire que le mal. Ils demandaient de généraliser le chômage temporaire aux employés. Avec un argument : il faut supprimer les différences entre ouvriers et employés. Comme si, en pleine crise, c’était là le problème le plus urgent ; comme si on ne discutait pas déjà sérieusement de ces questions là par ailleurs.
Et comme si la seule façon de supprimer ces différences était de généraliser la mesure la moins protectrice et la moins coûteuse pour eux !
En réalité, sur ce dossier comme sur tous les objectifs patronaux traditionnels, la crise sert de prétexte commode, tant aux patrons qu’au monde politique, pour l’éternelle rengaine : plus de liberté pour les entreprises, moins de sécurité pour les travailleurs.
Une dure négociation…qui a porté ses fruits !
Ces mêmes patrons qui criaient à l’urgence pour chambouler le statut des employés ont soudain calé dès que nous avons voulu chercher des accords raisonnables. Du coup, c’est le gouvernement qui a hérité du dossier. Avec une idée fixe du côté libéral : chômage économique pour les employés, tout de suite, sans conditions, sans négociation aucune. Et bien entendu, sans que les entreprises doivent participer au financement des allocations pour les employés qui seraient mis en chômage temporaire. Comme d’habitude, ceux qui passent leur temps à dénigrer l’Etat se tournent vers lui pour demander de financer (avec l’argent des contribuables) leurs projets de flexibilité à tout va.
De notre côté, comme syndicats, nous avons toujours plaidé pour des mesures alternatives et temporaires. Les luttes menées en ce sens ont été en grande partie couronnées de succès. Primo, les mesures concoctées par le gouvernement sont ainsi strictement temporaires : elles sont d’application jusqu’à la fin de l’année et ne pourraient être prolongées qu’une fois et jusqu’au 30 juin 2010. Secundo, une vraie concertation est mise en place pour l’application de ces mesures. D’abord au niveau sectoriel, ensuite seulement au niveau des entreprises.
Enfin, le fait d’avoir empêché la généralisation immédiate du chômage temporaire aux employés nous permettra de reprendre globalement le débat sur l’harmonisation des statuts ouvrier / employé, et de peser efficacement pour que les préavis des ouvriers et des employés ayant des préavis courts soient augmentés – ce qui est la seule façon d’éviter une « harmonisation » qui nivellerait nos préavis vers le bas.

Notre organisation soeur flamande, la LBC, a concocté un site spécial en néerlandais consacré aux mesures de crise : 