C'est Mastercard Europe à Waterloo qui remporte cette année la très peu enviée Gamelle de Plomb de la concertation sociale.

 

Gamelles et Gazelles 2009 :
Les meilleures et les pires entreprises en matière de concertation sociale

Pour la deuxième année consécutive, la CSC Brabant wallon a remis ses Gamelles et Gazelles de la concertation sociale. Une cérémonie ludique, qui rappelle qu’il n’y a pas que la performance économique qui compte.

 

Les pires

La Gamelle de Plomb : Mastercard Europe, Waterloo

En pleine procédure Renault, déclenchée le 2 septembre suite à l’annonce d’un plan de restructuration menaçant 134 emplois, Mastercard Europe reçoit le 3ème prix de la pire concertation sociale. « Cette concertation existe, mais uniquement dans la forme : en réalité, il n’y a aucune discussion entre les partenaires sociaux. La direction écoute poliment, mais ne tient pas compte de ce que nous disons. Et la politesse sans le respect, c’est du cynisme », témoigne Philippe Samek, secrétaire permanent régional CNE. A titre de comparaison cynique, justement, Philippe Samek rappelle d’ailleurs que le montant du sponsoring de Mastercard dans la Champion’s League permettrait de payer le salaire des 134 emplois menacés… pendant 10 ans.

La Gamelle de Mercure : Netoptic, Tubize

Le 2ème prix de la pire concertation revient à l’entreprise de montures de lunettes haut de gamme pour la mauvaise volonté dont la direction a fait preuve toute cette année en matière de dialogue social. Depuis 1974, le personnel de l’entreprise n’a cessé d’augmenter, sans que la structure ne s’adapte pour autant. Résultat ? « Le directeur croit toujours que le personnel lui appartient au même titre que son entreprise et oppose les pires difficultés au travail des délégués syndicaux. En septembre, alors qu’il venait d’annoncer la construction d’une nouvelle usine au Vietnam, il a carrément prévenu qu’il procéderait à des licenciements perlés pour contourner la loi sur le licenciement collectif ! », explique Lahoucine Ourhibel de la CSC Metal. Pourtant, lors du dernier piquet de grève, que le directeur a voulu casser à coup de huissier de justice, c’est la police elle-même qui avait convaincu ce dernier de venir rencontrer les travailleurs. Une discussion qui a très vite débouché sur des pistes pour préserver un maximum d’emplois. « La preuve que quand il y a un vrai dialogue social, on trouve une solution », conclut Lahoucine Ourhibel.

La gamelle d’arsenic : Next Pharma, Braine-l’Alleud

Mieux connue sous le nom de Labo Thissen, cette entreprise pharmaceutique a la désagréable tâche d’assumer le 1er prix de la pire concertation sociale. A son palmarès, un licenciement collectif déguisé, un procès en cours pour le renvoi d’un délégué syndical sans aucune indemnité de protection, le refus systématique du dialogue avec les syndicats et des promesses en l’air devant le président de la commission paritaire. Hubert Pritken, CSC Chimie, résume : « Dans cette entreprise, la concertation est une pure fiction. La direction a même avoué qu’elle « se foutait un peu » des décisions prises en CE, au CPPT et en DS. » Un 1er prix presque revendiqué, donc.

Le pire désespoir : Super Transport, Nivelles

C’est la grande surprise de la cérémonie. Philippe Lescot, de la CSC transcom, n’aurait en effet jamais imaginé que l’entreprise de transport recevrait un jour ce prix mais depuis que Super Transport a été racheté par Jost, la culture syndicale de l’entreprise est sans cesse piétinée : « La direction reste dans le vieux cliché des organisations syndicales et n’a toujours pas compris qu’aujourd’hui, c’est le dialogue avant le conflit. » Philippe Lescot en profite pour exprimer son inquiétude : « Nous craignons le démantèlement de Super Transport et si Monsieur Jost a la décence de revenir de l’étranger pour nous rencontrer, nous aimerions discuter. » L’appel est lancé.

Les Meilleures

Le meilleur espoir : Maxipress, La Hulpe

Même si la concertation sociale n’existe pas encore dans cette entreprise de presse, une convention prévoyant l’installation d’une délégation syndicale a été signée. « Malheureusement, précise Philippe Samek, secrétaire permanent régional CNE, la direction exerce des pressions pour décourager certains candidats et en privilégier d’autres. On se trouve donc à la croisée des chemins. » La récompense devrait en tout cas indiquer la bonne direction à l’entreprise.

La gazelle de bronze : Laurenty, Frasnes-les-Gosselies

La société de nettoyage, notamment active sur le site de Louvain-la-Neuve, remporte la 3ème place des meilleures entreprises dans le domaine de la concertation sociale. Pour Jean-Yves Lapierre, délégué principal CSC, la récompense est méritée : « Malgré les difficultés du secteur, dans lequel la concurrence est rude, Laurenty est vraiment une entreprise très correcte avec son personnel. Le directeur investit énormément dans du matériel pour donner à ses ouvriers des outils de travail au top. Il est aussi attentif à nos demandes ; pour l’instant, on cherche ensemble des méthodes pour que les travailleurs aient le moins possible les mains dans l’eau, par exemple. » Cette gazelle salue ainsi le fait que l’entreprise a su répondre à la concurrence du marché précisément en améliorant les conditions de travail de ses ouvriers.

La gazelle d’argent : APN, Nivelles

Le 2ème prix de la meilleure concertation sociale revient à l’entreprise de travail adapté qui, après un mauvais départ en 2003, a remarquablement progressé en acceptant l’instauration d’une délégation syndicale. « Il n’y a toujours pas d’élections sociales car l’entreprise compte moins de 50 travailleurs, mais l’employeur a eu un véritable déclic et a compris tout l’intérêt de la concertation dans l’évolution d’une entreprise. En tout cas, APN est une société où « partenaires sociaux » veut dire quelque chose », encourage Isabelle Parent, permanente CSC Bâtiment et Industrie.

La gazelle d’or : Filame, Nivelles

Cette année, c’est encore une PME qui s’installe tout en haut du podium de la meilleure concertation. Filame est une petite entreprise qui travaille la tôle et emploie 35 personnes. Lahoucine Ourhibel, CSC Metal, se réjouit de la collaboration qui existe entre les délégués syndicaux et le directeur : « Filame a surmonté les grosses difficultés du secteur grâce à la négociation, tout s’est fait le plus naturellement du monde ! » Nicolas Hodjeff est le seul directeur à être venu recevoir son prix : « Je suis très content, parce que je pense que ça correspond bien à ma personnalité. J’ai toujours essayé d’être le plus social, le plus à l’écoute possible. » Quant à savoir si cette philosophie est possible dans les grosses boîtes, Nicolas Hodjeff est sceptique : « Les entreprises plus importantes ont d’autres contraintes, elles doivent notamment contenter les actionnaires, quitte à prendre des décisions désagréables pour le personnel. Mais il ne faut pas entrer dans les clichés : c’est aussi juste qu’un patron ou un actionnaire qui a investi dans l’entreprise, qui a créé de l’emploi, soit récompensé. Au niveau d’une PME, c’est plutôt un travail d’équilibriste entre l’intérêt du personnel et celui de l’entreprise », conclut-il en rappelant que les deux ne sont pas systématiquement inconciliables.