Les cadres au coeur du « Work Wide Web » ?

le 20 novembre 2009

 

Pas un jour ne passe sans qu’un nouvel outil censé faciliter le travail ne soit conçu. Bonne nouvelle ? Oui, à condition que progrès technologiques ne riment pas avec régression des conditions de travail.

 

 

Si quelqu’un avait prédit, il y a 150 ans, qu’on pourrait un jour être à deux endroits en même temps, on l’aurait sans doute pris pour un fou ! Pourtant, aujourd’hui, n’importe qui peut assister en temps réel à une conférence sans y être ou travailler depuis chez lui sans aucun problème. Vidéoconférences, télétravail… Toutes ces nouvelles technologies de l’information et de la communication – NTIC - façonnent désormais le temps et les lieux à leur guise, et le monde de l’entreprise est la première à en profiter.
S’il est vrai que les NTIC contribuent à gérer les défis de mobilités et énergétiques, en permettant aux travailleurs de diminuer leurs déplacements, cette nouvelle forme d’entrepreneuriat peut aussi contribuer à déstructurer et à déshumaniser nos emplois. Vous doutez que les NTIC provoquent et provoqueront encore un choc à notre système socio-économique ? Il suffit d’imaginer votre journée sans courriels, internet, gsm, PC ou blackberry.

Des progrès à maîtriser

Il n’a en effet jamais été autant question d’organisation du travail depuis la course aux profits et l’introduction des technologies de l’information et de la communication dans les entreprises. Les cadres, comme les autres travailleurs, sont désormais au carrefour d’un lieu et d’un temps de travail où le produit physique n’existe plus, où les lieux de travail et de production peuvent être éclatés, où le temps de travail devient pluriel, avec des interférences très fortes entre vie professionnelle et vie personnelle. Au-delà d’un seul poste de travail, c’est le plus souvent l’ensemble de la chaîne du travail, l’ensemble de son processus qui est bouleversé. Toute l’organisation collective du travail, le travail en réseau, la performance collective de l’organisation sont remis en question. Or, curieusement, les dispositifs de formation aux méthodes et techniques d’organisation du travail, d’accompagnement de la mise en place de nouvelles formes d’organisation du travail font cruellement défaut. Les cadres, directement impliqués dans ces processus, se retrouvent avec leurs questions, parfois démunis face aux choix à opérer, aux décisions à prendre. 
Les crises financière, économique et sociale déclenchées il y a un an ont mobilisé les cadres. Aujourd’hui, trois autres chocs s’y juxtaposent : les chocs démographique, climatique et technologique.

Agir pour ne pas subir

La question de l’organisation du travail, si elle renvoie à des macro-modèles d’organisation (pyramidale ou transversale, par produits, par processus ou par projets) ne peut faire abstraction des réalités quotidiennes d’allocation de moyens, de gestion des absences, des délégations qui structurent intrinsèquement l’organisation du travail des employés. Parler «organisation du travail», c’est parler des temps, des lieux, des conditions, de la charge de travail, des circuits, des procédures, des postes, des tâches, des usages… Se posent alors les questions relatives aux dimensionnement des moyens permettant d’atteindre ces objectifs ; celles liées aux capacités d’absorption de charges de travail, à l’adéquation entre profils de compétences et exigences requises par les postes, au maintien des qualifications requises, aux temps d’exécution pour réaliser les tâches, à la polyvalence des ressources affectées aux postes de travail.
Face aux changements des modèles d’organisation, à la généralisation des technologies de l’information et de la communication, il est nécessaire de renforcer les dispositifs de formation, d’accompagnement du changement, en reconsidérant la place et le rôle des cadres dans ces dispositifs. Une intervention syndicale est plus que jamais nécessaire afin que soient pris en compte tous ces impacts sur l’organisation et les conditions de travail, la gestion des carrières des individus, les politiques de formation et de rémunération.

Les choix d’actions collectives que l’on fait sont trop souvent effectués dans l’urgence ou sous la contrainte. Faute d’anticipation, apparaissent les effets pervers sur l’emploi, les conditions de travail, l’ambiance au travail et le climat social. A nous de réagir à temps, donc : la négociation collective doit permettre la mise en œuvre des changements et des réformes dès aujourd’hui, sous peine d’être temporellement dans le virtuel…

 

 

Lahoucine Tazribine
CNE-GNC Bxl BW

Concrètement

Face aux nouveaux modes d’organisation du travail, les cadres sont particulièrement attentifs à trois dossiers :

    • La vie privée au travail : quid des conventions afférentes, par exemple, à la surveillance de votre matériel informatique et technologique (CCT 81), au suivi de vos allées et venues sur routes (gps, cartes carburants) ou au contrôle de votre personne physique (caméra, fouilles…) ?
    • Le work in time : La dérégulation de notre temps de travail, des commandes, des instructions, des rapports… Un travail en «temps réel» pour des conditions de travail de plus en plus virtuelles ?
    • « Le lien de subordination» : a-t-il encore un sens lorsqu’on est dans des temps, des lieux, des projets de travail toujours en mouvement, le temps est tout le temps à contretemps ?