| Combien de fois la population et les travailleurs (avec ou sans emploi) paieront une crise dont ils ne sont pas responsables?
La crise financière et bancaire mondiale est-elle vraiment derrière nous ? Ou devant nous ?
C’est la question qui se pose un an après l’éclatement de la crise financière et bancaire suite à la faillite de Lehman Brothers et à sa propagation plus fulgurante que prévue des Etats-Unis à toutes les parties du monde. L’heure des comptes et des exercices budgétaires douloureux a sonné pour les Etats. A coups de milliards injectés sous forme d’aides publiques, recapitalisations, nationalisations, garanties d’Etat et perfusions monétaires via les banques centrales (baisse des taux d’intérêts court terme jusqu’à 0% aux USA ! ), les finances publiques ont sauvé (provisoirement ?) le système financier mondial et leurs banques et ont tenté de soutenir voire de relancer leurs économies. La crise du crédit générée par le secteur financier s’est ainsi transformée en crise budgétaire pour les Etats venus à sa rescousse. La note (aussi appelée « la douloureuse ») de l’inefficience du « tout au marché privé » est refilée aux Etats et à leurs contribuables, comme d’habitude ! Inquiétant, vu que l’explosion de la dette publique plombera pour de (très ?) nombreuses années les capacités financières des Etats en hypothéquant la mobilisation des moyens indispensables pour affronter d’autres problèmes perdurant depuis longtemps : chômage structurel, changements climatiques, vieillissement de nos populations, etc.. Alors que, comble de tout, pour les traders… et tenants de la finance casino, l’année 2009 avec des progressions boursières de l’ordre de 50 voire 60% depuis mars, annonce une rentabilité record avec le retour de super bonus. Pour cette « planète-là », la page de la crise serait déjà tournée. Rien n’aurait donc vraiment changé, ou si peu, malgré les belles paroles tenues l’année passée au G20 sur la refondation du capitalisme, la moralisation de la finance, l’éthique dans l’économie, ...
Et pour vous, combien de fois ?
En quelques mois de crise, la Belgique voit des décennies d’efforts budgétaires réduits à néant. Avec un déficit estimé à quelques 25 milliards €, dont une partie engagée à la rescousse d’institutions financières systémiques (Fortis, Dexia, KBC et Ethias), mais provenant aussi de la baisse des recettes fiscales et de la hausse du chômage, la dette publique belge consolidée repasserait de 84% du PIB en 2007 à 103% selon les prévisions de la BNB. Difficile à avaler pour la population. Ainsi à l’entame des négociations budgétaires, certains responsables politiques annonçaient que les travailleurs n’allaient pas payer la crise deux fois, et qu’on allait taxer les banques. Même les défenseurs des intérêts des entreprises au sein du gouvernement se sont ralliés à cette position, étant donné que les banques sont considérées comme responsables de la crise aux yeux du plus grand nombre. Résultat à la sortie du conclave budgétaire : parmi les mesures adoptées par le gouvernement on trouve une nouvelle recette annuelle estimée à 540 millions € pour 2010 et 2011 à charge des banques. Décortiquons cela de plus près: les banques et sociétés d’assurances devront verser à l’Etat 0,15% des montants qu’elles ont en dépôts ou sur des produits de la branche 21 (compte-assurance). Cette taxe est présentée comme la juste contrepartie de la garantie des dépôts que l’Etat a augmentés à 100.000 €. Cette mesure est emballée d’une justification très valable à première vue.
L’accord gouvernemental ne dit pas que c’est la banque (c’est-à-dire ses actionnaires et dirigeants) qui doit payer. Personne n’est dupe, la charge de la taxe linéaire sur les dépôts serait d’une manière ou d’une autre transférée aux épargnants … De surcroît, l’accord ne pipe mot sur une quelconque garantie d’emploi au niveau du secteur … qui représente quelques 74.000 emplois dans les banques et 32.000 dans les assurances . Or même si le secteur financier tente d’éviter les licenciements secs, la compression de personnel en cours (non remplacement des départs, gel des embauches) s’est clairement accélérée depuis fin 2008. Enfin, cette taxe produira un effet pernicieux puisqu’elle rendra moins attractif les produits d’épargne populaire traditionnelle par rapport aux autres types de placements qui, eux, ne sont nullement touchés par les nouvelles mesures budgétaires : actions, sicav, obligations, etc.. Un moindre rendement de l’épargne classique, ne risque-t-il pas de réduire les dépôts bancaires et partant l’octroi de crédit aux entreprises et aux ménages… Ne valait-il pas mieux cibler la nouvelle taxe justement sur les produits financiers plus spéculatifs ? Une telle mesure aurait le mérite d’initier un cercle vertueux vers une finance au service de l’économie réelle, où l’intermédiation bancaire entre les dépôts et les crédits joue comme on le sait un rôle central ? Nos gouvernants auraient-ils déjà oublié les causes de la crise : cette dérégulation néolibérale qui a débridé la spéculation financière et la cupidité? Au décompte final, les travailleurs payent déjà la crise une première fois par le chômage croissant (15% prévus pour 2011 ), mais aussi comme épargnants avec la nouvelle taxe, ensuite via les ménages et les entreprises par le resserrement du crédit par les banques, les communes via la réduction de leurs dividendes Dexia et l’augmentation des charges des CPAS (dernier filet à la pauvreté qui augmente), les régions par la diminution des droits d’enregistrement, et en bout de course le dénominateur commun, c’est-à-dire les contribuables qui continueront à payer pour assainir le budget. Autrement dit encore vous, puisque 75% des recettes fiscales et parafiscales sont couverts par le revenu du travail !
Démagogie, tant que tu nous tiens…
Sources :
Febelfin Vade-mecum statistique du secteur bancaire 2007.
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