Les aides familiales lavent leur linge sale en public !
Voir les photos sur Picasa

 

Lessiver leurs vêtements de travail, d’accord. Mais pas sans indemnités correctes et seulement si elles reçoivent un tablier par jour de travail dans la semaine. Les aides familiales sont venues le rappeler aux employeurs avant la réunion de négociations de ce lundi après-midi. Tabliers sales à l’appui.

« Trois tabliers, ça use, ça use, trois tabliers, ça use la machine. Un, deux, trois, quatre ! Quatre tabliers, ça use, ça use, quatre tabliers, ça use la machine. Un, deux, trois, quatre, cinq ! Cinq tabliers… et la machine est rentabilisée ! » Cinq tabliers. Un pour chaque jour de la semaine de travail. Voilà ce que sont venues demander les aides familiales devant le SPF Emploi.

En effet, depuis que les employeurs appliquent, dans les faits, une dérogation pour refiler l’entretien des vêtements de travail aux aides familiales elles-mêmes, ils n’ont jamais accepté d’augmenter le nombre de ces tabliers. Les aides familiales sont donc obligées de faire plusieurs lessives par semaine, et suivant des instructions strictes : les vêtements de travail doivent être lavés à part (pas question de les mélanger à d’autres vêtements pour « rentabiliser » la machine) et à 60°C. Et tout ça pour une indemnité de 0.06€ par heure prestée, ce qui représente à peine une centaine d’euros par an pour un horaire de 35 heures/semaine. Cette indemnité n’a en effet pas augmenté depuis… 1995. « C’est pourtant les employeurs qui ont demandé que les aides familiales entretiennent elles-mêmes leurs vêtements de travail ! C’est donc normal qu’ils remboursent ce que ça leur coûte », explique Patricia Piette, permanente nationale CNE.

Arrivées des quatre coins de la Wallonie et de Bruxelles, les manifestantes sont parvenues à faire céder deux employeurs sur quatre : la FESAD et la CSD, côté wallon. La FASD, elle, avait déjà signé une convention d’entreprise en dehors de la sous-commission paritaire 318.01, dans laquelle elle s’engage à rencontrer les demandes des syndicats. Un accord de principe a donc été convenu avec trois des quatre fédérations d’employeurs : un tablier par jour de travail dans une semaine, et une indemnité de 0.09€ pour 2010, 0.10€ pour 2011 et indexée les années suivantes.

Seule la fédération de Bruxelles refuse de signer. N’ayant même pas pris la peine de se déplacer aujourd’hui pour participer à la réunion de négociations, elle s’est contentée d’envoyer un message au président de la commission pour signaler son désaccord. Résultat : elle bloque toutes les négociations car l’unanimité est indispensable dans cet accord. En effet, pour obtenir une dérogation à l’Arrêté Royal confiant l’entretien des vêtements de travail à l’employeur, demandée par les quatre fédérations elles-mêmes, l’unanimité est requise en commission paritaire. Si les employeurs n’ont pas attendu un accord signé pour appliquer leur revendication (les aides familiales lavent leurs tabliers depuis des années), il en va tout autrement pour les demandes des travailleuses !

« La fédération de Bruxelles refuse de signer sous prétexte que ces mesures coûtent trop cher, et qu’elle assume déjà le changement de statut de ses ouvrières en employées, négocié avec la Région bruxelloise dans l’accord 2005-2009. Le problème, c’est qu’elle bloque la commission paritaire et toute la Wallonie avec ! », s’offusque Patricia Piette. « Nous n’avons donc pas levé le préavis d’action, on reviendra en janvier. » Si les travailleuses mettent autant de cœur à chanter leurs revendications qu’aujourd’hui, la fédération de Bruxelles peut s’attendre à de l’animation.