Un projet d’accord social sous le sapin :
1. Votre salaire va-t-il augmenter ?


6 perspectives pour l'avenir 1. Votre salaire va-t-il augmenter 2. Salaire minimum : deux fois 25 € bruts de mieux … 3. La formation professionnelle : encore un effort, SVP... 4. Le congé-éducation payé sera-t-il sauvé des eaux ? 5.Un an après le «pacte» : quel accès à la prépension ? 6. Un an après le «pacte» : quel droit au Crédit-Temps ? 7. Flexibilité et heures supplémentaires 8. Contrats précaires 9. Divers


Un dossier réalisé par Luca Ciccia et Felipe Van Keirsbilck

 

Première question… bien légitime. Pour laquelle il n’y a pas lieu de s’emballer, mais au contraire de bien «déballer» le cadeau avant de se jeter sur les chiffres. La presse a parlé de «5%» … mais ne cherchez surtout pas une hausse de 5% sur votre prochaine fiche de paie – vous seriez sans doute assez déçu-e-s!

Primo, le premier défi au plan interprofessionnel, c’est d’empêcher que votre salaire diminue* ! En effet, le coût de la vie augmente, et si les salaires ne sont pas (bien) indexés, les 100€ d’aujourd’hui n’en vaudront plus que 98 dans un an… Les patrons ont longuement négocié pour essayer d’amoindrir notre système d’indexation automatique des salaires, simple rattrapage sur le coût de la vie. Nous avons résisté tout au long de la discussion, et ils ont dû y renoncer – et se contenter de «recommander» aux secteurs de négocier des accords «all-in» **.
Nous défendrons notre système dont l’intérêt est de nous assurer que la hausse des prix sera compensée, qu’elle soit plus rapide ou plus modeste.
Cela dit, le projet table sur une prévision de 3,9% d’indexation*** pour 2007 et 2008 ; dès lors ce chiffre de 5% doit être compris comme permettant 5%-3,9% = 1,1%, soit 0,55% par an, pour augmenter le pouvoir d’achat des salariés. En principe … car les choses sont plus compliquées !

«Plafond» : depuis 10 ans, les accords interprofessionnels établissent une «norme salariale» qui est un plafond pour les négociations ultérieures dans les secteurs. Le chiffre de 1,1% n’est donc nulle part une augmentation acquise automatiquement ! Il est encore à négocier, prochainement, dans les secteurs. Si dans votre secteur la syndicalisation et la mobilisation sont assez fortes, cette marge d’augmentation pourra être concrétisée … voire dépassée (en salaire, en temps de travail, en conditions de travail …). Si par contre elles sont plus faibles, ou si la situation économique y est plus difficile, cette «marge salariale» risque de ne pas être concrétisée. Cela dépend donc en partie de la force syndicale dans votre secteur !

«Indicatif» : gouvernement et patrons voulaient que le chiffre de 5% soit un plafond absolu, qui interdirait d’obtenir plus. Nous avons expliqué récemment (brochure «10 ans de norme salariale : bon anniversaire ?» disponible sur le site et sur demande) à quel point nous détestons cette idée. Et la CSC et la FGTB ont obtenu que ce chiffre soit simplement indicatif : donc là où nous le pourrons, dans les secteurs ou les entreprises, nous tenterons d’obtenir mieux.

Qui paie ? Les patrons voulaient une norme à 4%… soit à peu près zéro, vu le chiffre prévu pour l’indexation! Nous avons négocié un chiffre de 5% mais qui coûtera en réalité 4,85% aux entreprises. La différence sera à charge de la collectivité par le biais de la ristourne d’une partie du précompte professionnel (impôt sur les revenus). Cette opération n’influencera en rien le précompte du salarié ni son impôt individuel ; c’est un subside aux entreprises, qui passe techniquement par le précompte sur votre salaire.

 

Qu’en penser ?

La CNE reste opposée au principe même d’une norme – en ce sens nous apprécions que le chiffre soit indicatif, même s’il est bas : une hausse réelle des salaires de 1% en 2 ans nous laisserait, dans la plupart des secteurs, loin en dessous de l’évolution de la productivité et des richesses créées. Le cadeau fiscal aux entreprises de 0,15% ne nous réjouit pas – mais il est préférable à de nouvelles ristournes sur le budget de la Sécu…
Enfin, il faut rappeler que si «dépassement» il y a eu les dernières années, ce n’est pas parce que les salaires belges ont augmenté plus vite que prévu, mais parce que les salaires allemands et hollandais ont stagné, voire reculé certaines années. C’est de cette course vers le bas que nous ne voulons pas.
Mais pour ce qui est de vos salaires réels, la vraie discussion va seulement commencer ; soyez-y attentifs.
 

* AUTOMATIQUE
La Belgique est l’un des seuls pays au monde où les salaires et allocations sont adaptés au coût de la vie automatiquement. Bien sûr, dans les autres pays, il faut bien aussi adapter les revenus (qui pourrait vivre avec des salaires de 1980 ?), mais c’est à chaque fois l’objet d’une négociation. Nous tenons à notre système qui protège tout le monde contre une diminution des revenus réels.

** ALL-IN
Classiquement, on négocie des augmentations indépendamment de l’inflation future. Par exemple, on prévoit une hausse de 1% des salaires ; cette augmentation sera appliquée, que la hausse des prix (compensée par l’indexation automatique) soit lente ou rapide. A l’inverse, on appelle «all in» des accords dans lesquels on s’accorde sur un seul chiffre qui met dans la même enveloppe augmentations de salaire et indexation – avec le risque suivant : si la hausse des prix est plus rapide qu’attendue, il ne reste rien pour une réelle augmentation … ou alors il faudrait rogner sur l’indexation automatique, ce qui serait pire encore …

*** INDEX- SANTÉ
Pour rappel : on parle ici de l’index modifié depuis plus de 10 ans en «index santé» : donc un indice qui prend en compte la hausse des prix hors carburants, alcool tabac etc. Il ne reflète donc plus très précisément la hausse du coût de la vie comme nous la sentons passer ; mais cela reste quand même un bon instrument, qui nous assure que la plus grande partie de cette hausse est compensée automatiquement dans les salaires et dans les allocations sociales.