L'environnement sera social...



L'environnement sera social... Une perspective syndicale aux négociations sur le climat


Un dossier réalisé par Sébastien Robeet
et Bert de Wel

Une perspective syndicale aux négociations sur le climat

 

La crise à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui a déjà suscité une plus grande réserve des pays industrialisés face aux engagements ambitieux de réductions des émissions. Toutefois, il ne faut pas oublier que la problématique climatique et la crise économique sont des symptômes de notre modèle économique non durable. Ces deux crises touchent plus gravement les groupes les plus fragiles socialement, chez nous comme au Sud. Nous en trouvons des exemples chaque matin dans les quotidiens et le soir à la télévision: augmentation du chômage, augmentation de l’affluence dans les banques alimentaires, morts dans les inondations en Asie, incendies de forêts en Méditerranée, sécheresses en Afrique, etc.

Pour une transition juste

En tant que syndicat, nous sommes convaincus que seule une solution juste peut être durable. Les épaules les plus solides doivent supporter la charge la plus lourde pour lutter contre la crise. Ce principe vaut également pour la problématique climatique. Les pays industrialisés doivent contribuer à un développement bas carbone dans le Sud. Chez nous, la transition vers une économie bas carbone ne peut s’opérer sans protéger les travailleurs victimes de cette évolution. Les groupes les plus fragiles de la société devront recevoir toute notre attention.

Notre transition juste peut se résumer en six points:

1 Des investissements à grande échelle permettront une politique industrielle durable à long terme, axée sur le maintien et la création d’emplois dignes et verts/durables, «l’écologisation » de tous les lieux de travail et l’application de nouvelles technologies.
2 Stimuler la recherche pour détecter à temps et avec vigilance l’impact du changement climatique sur la société et l’emploi. De cette manière, nous pourrons mieux préparer certaines mesures.
3 Les pouvoirs publics doivent amorcer et encourager la concertation institutionnalisée avec les syndicats, les employeurs et les autres organisations. Cette concertation et le respect des droits de l’homme et des droits du travail sont les conditions fondamentales d’une transition efficace vers une société durable.
4 La formation des travailleurs aux technologies et aux processus environnementaux est essentielle pour assurer la percée de ces technologies afin de concrétiser au maximum le potentiel des investissements verts.
5 Il est nécessaire de protéger les travailleurs car une grande fragilité pourrait inciter à se montrer rétifs aux changements. Une sécurité sociale et une politique du marché de l’emploi solides doivent permettre une transition qui soit également juste.
6 Il n’existe pas de solution toute faite pour une transition juste. Chaque pays et chaque région a besoin d’un plan économique adapté. Laisser jouer librement le marché ne suscitera qu’un manque d’intérêt et une résistance à la politique climatique.

Des engagements fermes à Copenhague

Le mouvement mondial des syndicats estime qu’il est nécessaire de conclure un accord climatique international à Copenhague qui limite le réchauffement de la Terre à 2°C. Pour y parvenir, les syndicats veulent que les négociateurs adoptent les recommandations du GIEC: 50 à 85% de réduction des émissions d’ici à 2050 (par rapport au niveau de 1990) avec comme objectif intermédiaire pour les pays développés une réduction de 25 à 40% d’ici à 2020. Les pays pourront ainsi se fixer, à titre individuel, des objectifs plus ou moins ambitieux en fonction de leur situation spécifique. La réduction générale de tous les pays développés doit respecter l’objectif du GIEC.

Plusieurs pays en développement qui, dans l’intervalle, sont devenus les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre et ont atteint un certain niveau de développement, doivent également prendre un engagement. Cet engagement repose sur des mesures politiques quantifiables, rapportables et vérifiables et des objectifs en matière d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique, de technologie du charbon propre, de préservation des forêts, etc. En échange de ces objectifs clairs et vérifiables, les pays développés doivent contribuer financièrement à une évolution technologique pauvre en carbone pour le transfert de cette technologie. Cette contribution financière compensera la responsabilité historique des pays développés face à la crise climatique. Le principe de «responsabilités communes mais différenciées» doit offrir un cadre pour des mesures efficaces au lieu de conduire à une impasse entre les pays riches et les pays pauvres. Chacun reconnaît la nécessité pour les pays en développement de passer à une évolution bas carbone en fonction de leurs possibilités, mais nous insistons sur le fait que ces pays doivent également pouvoir continuer à promouvoir le bien-être et la création d’emplois décents pour leur population.

Les syndicats participeront aux négociations sur le climat à Copenhague par le biais de la Confédération syndicale internationale (CSI) et d’une représentation dans des délégations nationales. Parallèlement, de nombreux militants syndicaux mèneront une action à Copenhague ainsi qu’à Bruxelles. Nous entendons ainsi maintenir la pression sur les négociations. Il importe que l’accord mentionne clairement notre revendication en faveur d’une «transition juste pour les travailleurs». La nécessité d’organiser des formations pour les travailleurs doit figurer dans la partie de l’accord qui régit le transfert de technologie. Les projets de documents actuellement sur la table des négociations ne font toujours pas référence au rôle important des syndicats et de la concertation sociale institutionnalisée pour la politique climatique. Il faut que cela change! Nous nous fixons d’autres priorités pour ces négociations:
• référence à la Déclaration de l’organisation internationale du travail (OIT) sur les principes et droits fondamentaux au travail;
• nécessité d’une politique industrielle reposant sur une vision à long terme et sur la garantie d’un accès à l’énergie pour tous lors de la mise en œuvre de stratégies bas carbone;
• meilleure régulation des mécanismes du marché.