L'environnement sera social...



L'environnement sera social... Une perspective syndicale aux négociations sur le climat


Un dossier réalisé par Sébastien Robeet
et Bert de Wel

 

Fonte des glaciers et montée du niveau des mers, érosion côtière, îles immergées, canicules, cyclones et tempête ravageurs, famines et sous-alimentation chronique, sécheresses et inondations, propagation de la malaria… avec pour conséquence, d’importants déplacements de populations. Les premiers effets du changement climatique sont déjà bien visibles. Et il ne fait plus de doute qu’ils sont le résultat de l’activité humaine. En cause: l’accumulation de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, parmi lesquels le principal coupable se nomme gaz carbonique ou CO2.

Selon les scientifiques du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec), avec une hausse de la température de 2°C ou plus par rapport à 1990, les catastrophes que l’on connaît déjà ne cesseront de se multiplier. Et les conséquences seront aussi imprévisibles qu’ingérables pour notre planète. Comme aujourd’hui, les populations les plus touchées seront celles des pays les moins développés. Mais les populations des pays occidentaux les subiront aussi.

Par ailleurs, il faut se rappeler que les problèmes environnementaux ne se limitent pas à l’émission de CO2. La destruction des terres arables, la pollution atmosphérique et des eaux, la diminution de la biodiversité, les risques et déchets nucléaires sont autant d’enjeux qui doivent attirer l’attention de tout un chacun. Si certains s’ingénient à faire passer le message que l’enjeu actuel se limite aux rejets de CO2, il faut rester attentif à l’ensemble des agressions environnementales qui rendent l’avenir incertain.

Au premier rang des présumés coupables : les entreprises. A force de rechercher la maximalisation du profit de manière forcenée, elles ont toujours cherché à nier ou à minimiser l’impact de leur activité sur les écosystèmes dans lesquels elles s’insèrent. Personne n’est cependant dupe. Une transformation de l’activité des entreprises dans un sens plus respectueux de l’environnement est plus que jamais à l’ordre du jour.

Enjeux syndicaux
A cet égard, le mouvement syndical doit prendre un positionnement clair. Ce positionnement peut prendre deux formes. La première vise à orienter tant que faire se peut la transition écologique nécessaire vers les opportunités que crée la crise environnementale. La seconde vise à rappeler les enjeux sociaux contre tous ceux qui voudraient profiter de cette crise pour creuser les inégalités ou raboter les droits conquis par le mouvement ouvrier.

Premièrement, donc, les opportunités qui se créent doivent être mises en avant, dans une perspective de création et de préservation de l’emploi. En effet, la transition écologique fait naître un secteur porteur en termes d’emplois ; que l’on parle d’emplois verts, de niches écologiques ou de développement des énergies renouvelables, il est certain que de nombreux emplois peuvent être créés et développés dans les années à venir. A cet égard, il faut tordre le cou à cet oxymore de « capitalisme vert » et interroger de manière critique celui de « développement durable ». Le capitalisme possède une capacité de récupération des tendances assez inouïe. Or, il est clair que c’est le mode de production et d’accumulation inhérent au capitalisme qui a créé la gabegie actuelle. C’est en régulant les activités privées et en orientant les activités publiques que le courant peut s’inverser, pas en faisant confiance à une main invisible qui deviendrait « verte ».

Certains secteurs traditionnels peuvent également voir leur activité prendre un nouveau tournant. Les secteurs industriels et ceux de la construction et rénovation peuvent ainsi profiter des impératifs écologiques pour développer et renforcer leurs activités moins polluantes ou qui améliorent l’efficacité énergétique. L’action des CPPT dans les entreprises peut être un levier important pour orienter les modes de production en ce sens. Certaines revendications du mouvement syndical peuvent également trouver un nouveau souffle. Ainsi, la revendication-phare de la réduction du temps de travail, outre les aspects liés à l’emploi et à la meilleure conciliation vie privée - vie professionnelle, peut s’emparer de l’argument écologique ; la diminution des déplacements qui y est liée est directement féconde en termes d’empreinte écologique.

Dans un second temps, il faut aussi se pencher sur les dangers qui planent sur les travailleurs dans la perspective de transition écologique. L’orientation nécessaire de la consommation, de l’aménagement du territoire et de l’habitat a en elle-même des germes anti-sociaux qu’il faut dénoncer. La transition écologique ne peut se faire sur le dos de ceux qui sont déjà les plus démunis. Il est certain que l’arme de la taxation sera utilisée. Il faut rappeler que toutes les formes de taxation n’ont pas le même souci en matière d’équité sociale. En outre, certains pourront s’emparer de l’argument environnemental pour attaquer les bases du compromis salarial. Si certaines formes de rémunération méritent d’être remises en débat à cause de leur impact négatif sur l’empreinte écologique (les voitures de société, par exemple), il faut rester attentif à un partage plus équitable de la valeur ajoutée créée au sein des entreprises. La part des salaires dans la répartition de cette valeur ajoutée a déjà fortement diminué, il faut contrecarrer ce mouvement et dénoncer toutes les opérations de greenwashing des employeurs qui viseraient à culpabiliser les travailleurs pour les contraindre à accepter une modération salariale.
Par où commencer ?
Concernant ces matières, la CNE a ainsi développé certains principes pour l’action syndicale. Que ce soit à l’occasion de son Congrès sur l’environnement ou plus récemment lors de la définition de son projet social, la CNE s’est positionnée fermement sur l’ensemble de ces sujets. Vous trouverez ainsi en page 16 la fiche thématique consacrée à cette question. Les idées-force y sont concentrées en quatre principes : une consécration du principe de responsabilité environnementale, la prise en compte globale de la question environnementale sur les décisions de production et de consommation, la remise en cause de la notion mortifère de profit et enfin, la nécessaire maîtrise de la politique de mobilité, tant au niveau public qu’au niveau des entreprises.
Les organes de concertation existants au niveau des entreprises ont certaines marges de manœuvre pour populariser ces principes et tenter de les appliquer au sein de leurs entreprises. Les questions de mobilité et de santé sont à l’agenda du CPPT qui a de nombreuses compétences qu’il peut mettre à profit en ce sens. Le CE a, lui, une vue sur les choix économiques pris au sein de l’entreprise et une compétence générale en termes de temps de travail. Les aspects environnementaux peuvent utilement être intégrés à ces questions lors des discussions et négociations sur ces matières.
Certains outils sont également développés pour outiller l’action syndicale dans ce sens. Le Réseau intersyndical de sensibilisation à l'environnement (RISE) possède ainsi une documentation exhaustive sur le sujet et une série d’outils pratiques qui permettent de mettre la question environnementale à l’agenda de l’entreprise. N’hésitez pas à visiter leur site....
Sébastien Robee