L’automne sera chaud. Et l’hiver ?
Un automne chaud … pour des hivers doux ?
Vieillirons-nous au chaud ?

 

Qui d’entre vous a envie de vieillir ? Personne, apparemment … Bon.
Mais qui préfère mourir tout de suite ? Personne, vraiment ! Tout le monde veut vieillir : tout le monde veut vivre plus longtemps, et le mieux possible. Or c’est ce qui nous arrive. L’espérance de vie dans nos pays augmente continûment depuis un siècle. Et il ne s’agit pas seulement de plus d’années, mais aussi de plus d’années en bonne santé. Et cette bonne nouvelle est accompagnée de deux autres. D’abord, la productivité du travail a augmenté aussi, et même nettement plus vite : nous sommes capables de produire plus de biens et de services qu’il y a 20 ou 40 ans, en travaillant moins. Une heure de travail de 2009 produit en moyenne, autant de richesses que deux heures de 1970.
La troisième bonne nouvelle est peut-être la plus incroyable. On a inventé, pour vivre plus longtemps dans cette société plus riche, un système extraordinaire de répartition des richesses : les actifs cotisent chaque mois, et cette partie de leur salaire devient le salaire continué des retraités. C’est le système des pensions légales, basé sur la répartition. On peut donc aujourd’hui, en Belgique, vivre longtemps, y compris longtemps après avoir été libéré de l’obligation de travailler, sans se trouver financièrement à charge de sa famille, ni sans avoir dû, sa vie durant, se livrer aux petits calculs sombres et hasardeux de la prévoyance individuelle.
Bien sûr, le niveau des pensions légales est bas. Beaucoup trop bas, bien souvent. Mais gardons à l’esprit que les générations précédentes, et les travailleurs des autres continents, auraient donné beaucoup pour pouvoir envisager une longue vieillesse heureuse, débarrassée de la peur de la misère ou de la mendicité.

L’avenir de ce système de pensions sera cet automne au cœur d’un débat politique fondamental. Le gouvernement a programmé une « conférence sur les pensions » qui va entrer dans le vif du sujet dans les semaines qui viennent. La CNE, avec l’ensemble de la CSC, s’engagera dans cette discussion avec toute son énergie.
Car les décisions qui en ressortiront, bonnes ou mauvaises, auront des conséquences importantes pour tous nos affiliés – qu’ils aient 17 ou 77 ans…
Parmi les questions multiples qui seront débattues, l’une sera absolument déterminante : va-t-on donner effectivement une priorité absolue au renforcement des pensions légales, ou bien développer davantage les pensions complémentaires qui fonctionnent sur base du principe de capitalisation ?
Nous n’allons pas diaboliser ces pensions complémentaires : pas mal d’employés bénéficient d’une pension complémentaire d’entreprise ou de secteur, et c’est finalement avec une partie de leur salaire que ces plans ont été financés. Et à l’heure de la retraite, ce complément sera bienvenu. Mais laisser croire que ces régimes privés peuvent être autre chose qu’un complément, et qu’ils sont la réponse au défi du vieillissement de la population, est inacceptable pour trois raisons au moins.
Primo, ces régimes par capitalisation ne donnent aucune sécurité supplémentaire pour l’avenir : si en 2050 les richesses produites sont insuffisantes pour que jeunes et vieux vivent dignement, le problème sera globalement le même dans les régimes de capitalisation que dans celui basé sur la répartition – à moins de supposer que les retraités de 2050 puissent se nourrir en mangeant des titres et des actions ?
Secundo, ces régimes sont extrêmement inégalitaires. Une partie d’entre nous aura quelque chose, peu de privilégiés auront une retraite dorée … mais la majorité de la population n’aura rien d’autre que la pension légale
Tertio, en pleine crise économique provoquée par l’avidité sans frein des grandes institutions financières, il y a quelque chose de suicidaire à prôner des systèmes qui confient encore davantage de masses d’argent aux apprentis sorciers de la finance : ceux-là même qui détruisent ou délocalisent nos entreprises pour servir leurs dividendes aux actionnaires.
Personne n’étant obligé de nous croire sur parole, un dossier complet, chiffres à l’appui, vous sera présenté le mois prochain. Vous aurez alors l’occasion de confronter nos arguments aux cris d’alarmes répétés depuis des années par les experts des banques et des compagnies d’assurances, qui sont évidemment très attentives à la question des pensions… (un peu comme le grand méchant loup était très attentif au petit chaperon rouge …)
Nous sommes donc à l’orée d’un automne chaud. S’informer avec soin et agir avec détermination dans ce débat est essentiel, si nous voulons que le bel âge de la pension soit, pour les aînés de demain et ceux d’après-demain, semblable à un hiver doux passé au coin du feu, plutôt qu’à une saison dure et glaciale.

 

1 C’est-à-dire que celui qui y cotise constitue des réserves qui paieront sa pension à l’avenir. On parle de « 2ème pilier » de pension quand ces régimes sont collectifs (à l’échelle d’une entreprise ou d’un secteur, par exemple), et de « 3ème pilier » quand il s’agit d’une assurance individuelle.

 

 

Felipe Van Keirsbilck
Secrétaire Général