Pour les errements des financiers … des milliards
Refusons tous de payer pour eux !


Ce lundi 6 octobre, au moment où cet édito est écrit, on annonce officiellement que le groupe Fortis vient de passer sous contrôle de la BNP Paribas à raison de 75%, pour 25% à l’Etat belge ; celui-ci devenant le plus
« gros actionnaire » du premier groupe bancaire français.

Fallait-il ou pas le faire ? Peu de gens aujourd’hui contestent la pertinence de l’action gouvernementale, tant pour Fortis que pour Dexia. Il n’y avait sans doute pas d’autres choix tenant compte de la situation créée. Sans cette intervention, les dégâts sociaux, financiers et économiques auraient été incalculables tant pour les épargnants, le personnel des banques que pour l’économie en général ; tous les pays voisins ont d’ailleurs également pris de telles mesures.

Que le gouvernement se glorifie de cette opération, fort bien !
Il reste cependant pas mal de questions à poser, nous en ciblerons deux en particulier ; les autres viendront ensuite.

1. Qui va payer ?
Pour financer sa prise de contrôle et le renflouement des banques, l’Etat va emprunter, au prix fort, 11 milliards d’euros (440 milliards d’anciens francs belges) et, dixit le ministre des Finances, cela coûtera un remboursement d’intérêts de 500 millions d’euros (soit plus de 20 milliards d’anciens francs belges). Cette charge de la dette augmentera d’autant le passif du budget de l’Etat, déjà en difficulté, et il faudra donc combler ce déficit supplémentaire. La logique voudrait que ceux qui ont largement profité pendant des années de dividendes indécents et de bénéfices démentiels en restituent une juste contrepartie et prennent à leur compte l’essentiel de cette dette, via une autre politique fiscale qui protègera les moyens et bas revenus et cessera de favoriser les riches et surtout les très riches.

Nous avons cependant des craintes et certains responsables politiques annoncent déjà la couleur, qu’au vu de cette situation, non seulement il faudra mettre les politiques sociales en veilleuse, mais que même certains engagements pris et signés dans le Non-Marchand pourraient être remis en cause. Les actions de grève de ce 6 octobre pourraient dès lors ne pas être les dernières si le gouvernement avait l’intention de nous faire payer les errements des années passées …

2. Qui est responsable ?
Voilà bien la question à laquelle le gouvernement essaye à tout prix de ne pas répondre, allant même jusqu’à refuser une commission d’enquête parlementaire dotée de pouvoirs judiciaires pour mener toutes les investigations nécessaires. On essaye même de nous faire avaler que nous serions tous coupables de cette situation, car – cupides que nous sommes – nous aurions exigé des banques des intérêts tellement élevés que nous les aurions poussées, voir contraintes, à faire elles-mêmes des opérations de plus en plus hasardeuses !
Incroyable mais vrai, on va bientôt tenter de culpabiliser les épargnants d’avoir provoqué la crise financière comme on tente de culpabiliser les chômeurs d’avoir perdu leur emploi!

Sachez-le, bonnes gens, ce ne sont pas les banquiers qui ont spéculé avec votre argent, ce ne sont pas les groupes multinationaux qui jouent avec votre emploi et qui licencient pour faire monter leurs actions en bourse. Les vrais coupables c’est vous, épargnants, qui voulez trop, chômeurs qui ne vous êtes pas adaptés à l’évolution de l’économie.

Il est donc indispensable que les vraies questions soient posées de toute urgence, que les conclusions en soient tirées et que les vrais coupables payent leur dû à la société.

Depuis 20 ans, nous dénonçons cette économie casino, cette bulle financière qui à force de gonfler, sans créer de vraies richesses, finirait par nous éclater à la figure.

Nous y sommes et cela n’est pas un accident, ce n’est pas arrivé par hasard, c’est la conclusion inéluctable d’un laisser-faire inacceptable dont toute la classe politique porte la lourde responsabilité, à l’échelle de l’Europe et du monde
« dit » développé.

La boucle est aujourd’hui bouclée et la classe politique de ces pays doit en catastrophe, en payant le prix fort, prendre les mesures qui sont la conséquence de son laxisme et de l’abandon du contrôle des mouvements des capitaux.

A eux, à présent, de prendre en profondeur les mesures nécessaires afin que cela ne puisse plus se reproduire.

 

 

Raymond COUMONT
Secrétaire Général