Les Belges champions du monde?

 

Rassurez-vous cet édito ne porte ni sur le tennis féminin, ni - ne soyons pas cruels … - sur le destin des Diables Rouges. Non, le classement qui nous occupe est celui rendu public ces jours-ci par le programme des Nations Unies pour le Développement, (PNUD), qui publie chaque année un rapport sur le développement humain. On a pu lire que la Belgique est à la 17ème place mondiale. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

La bonne nouvelle nous rappelle que nous sommes un pays « riche » sur les 4 dimensions qui mesurent le développement humain : le PIB bien sûr, mais aussi l’espérance de vie, l’alphabétisation et le niveau de scolarisation. La moins bonne nouvelle : en une vingtaine d’années la Belgique est passée de la 12ème à la 17ème place, du fait d’une amélioration très faible : de 2000 à 2007, dans les pays développés, seuls les USA ont fait moins bien que la Belgique.
La mauvaise nouvelle : le groupe des pays les moins développés (Afrique subsaharienne), qui ont un indice de développement humain très bas, sont aussi ceux où cet indice progresse le moins depuis 25 ans.

Tout cela appelle de notre part 3 commentaires.

Premièrement, la notion même du classement n’est-elle pas absurde ? Faut-il déplorer que la Belgique ait « perdu 5 places » ? Ou au contraire se réjouir que, dans 5 pays, le développement humain ait bien progressé ? Que le PNUD recoure à un classement, soit : c’est une façon assez populaire de communiquer. Mais cela vient alimenter la folie de la compétition. En quoi l’amélioration de l’éducation ou de la santé au Viêt-Nam ou en Hongrie serait-elle un « recul » pour nous ? Dans son projet social, défini en Congrès
le 3 juin dernier, la CNE s’exprime clairement pour la coopération, et contre la religion de la compétition. La vie n’est pas une course : appliquons au football notre goût de la compétition, mais pour presque toutes les choses importantes de la vie, les progrès des autres peuples permettent et protègent notre propre progrès.

Seconde remarque : pour la Belgique comme pour les autres pays, les données du PNUD sont des moyennes, qui peuvent cacher d’importantes inégalités. Pourtant, l’égalité n’est-elle pas en soi une des formes essentielles du progrès humain ?

Dernière remarque : malgré les critiques énoncées ci-dessus, le rapport du PNUD a quelque chose de profondément positif : il permet en effet de passer de l’éternel classement sur la seule base de la « croissance » (lisez : croissance du PIB) à une mesure sur 4 dimensions, avec une prise en compte de besoins fondamentaux (la santé, l’éducation …) difficiles à chiffrer en euros et centimes.

A court terme, cela nous confirme dans notre combat pour défendre une marge de progression pour le budget 2010 de l’INAMI : le développement humain c’est entre autres de meilleurs soins de santé ; et ces soins seront en partie les emplois de demain. A plus long terme, c’est un encouragement pour la CNE, qui a décidé de faire l’an prochain un débat approfondi sur le sens de la croissance économique. On savait déjà qu’elle ne suffit pas au bonheur ; la crise actuelle nous apprend durement que la « décroissance » ne fait pas le bonheur non plus ! Il est nécessaire, dès lors, d’apprendre à définir autrement qu’avec le seul PIB les objectifs de nos économies et de nos sociétés. Nous avons décidé d’y réfléchir ; le PNUD démontre que c’est possible.


 

 

Felipe Van Keirsbilck
Secrétaire Général