Pour qui nous allons voter le 13 juin


On a déjà déploré mille fois l'absurdité nationaliste qui a fait chuter le gouvernement Leterme ; n'insistons pas. Cherchons au contraire le bon côté des choses : voter librement reste un droit fondamental : comment en tirer le meilleur parti ce 13 juin ?

Puisque les moyens de la CNE viennent des cotisations de nos 160.000 membres, nous n'avons jamais besoin d'un « petit coup de main » d'un ministre : nous pouvons les interpeler tous, mais ne devons rendre de comptes à aucun. Nous avons grand besoin, par contre, d'hommes et de femmes politiques qui acceptent de représenter les intérêts des travailleurs face à la puissance de l'argent et des marchés. Le choix semble difficile ? Et s'il était en réalité fort simple ?

Voici pour qui nous allons voter.

Le massacre social en Grèce nous pose une question simple. Pourquoi faut-il que travailleurs et pensionnés y soient sacrifiés pour longtemps? Avant tout parce que les États ont choisi, il y a 25 ans, de confier leur dette et leur monnaie aux marchés financiers. Rien ne les oblige à rester éternellement les jouets des agences de notation et des spéculateurs. Nous voterons pour ceux qui s'engageront clairement à « commencer la démondialisation financière » comme l'écrit le Monde Diplomatique de ce mois. Pour cela, il faut limiter la puissance des banques et des groupes financiers, et rendre au pouvoir politique démocratiquement élu la souveraineté sur la monnaie – alors que l'actuelle Banque Centrale Européenne est une entreprise privée au service des actionnaires et des rentiers.

L'avenir des pensions dépend d'une question simple. Personne ne discute qu'il est possible, en 2020 et en 2050, de financer un système légal de pensions qui serve un véritable salaire continué, avec des planchers et des plafonds plus élevés qu'aujourd'hui. La question est : le veut-on vraiment ? Va-t-on décider d'augmenter les budgets pour les pensions et la Sécu dans les budgets des 10 prochaines années ? Nous voterons pour ceux qui répondront « oui » sans faux-fuyants.

La situation de la fiscalité en Belgique est simplement scandaleuse. Pour ne pas payer d'impôts (ou très peu), il n'est même pas nécessaire de frauder : il suffit d'être millionnaire. Comme travailleurs, nous payons nos impôts (et heureusement ! Voir page 16). Mais celui qui possède des millions en actions, ou des dizaines d'immeubles, ne doit presque rien payer. Nous voterons pour ceux qui veulent résolument rétablir un impôt progressif sur l'ensemble des revenus – et certainement pas pour ceux qui appellent hypocritement « baisse de l'impôt sur le travail » les ristournes de cotisations sociales toujours plus nombreuses offertes aux entreprises sur notre dos.

Enfin, la question de la durée des préavis est d'une merveilleuse simplicité. La seule bonne protection de l'emploi, c'est un long préavis, et nous pensons que tout le monde y a droit. L'harmonisation des statuts « ouvrier » et « employé » doit donc se faire en allongeant les préavis scandaleusement courts des ouvriers, et sans diminuer celui des employés, ni faire payer demain les préavis par la Sécu, comme c'est le cas dans l'actuelle « prime de crise ». Nous voterons pour des partis qui s'engageront de la façon la plus claire sur ce point.

Un peu trop simple, direz-vous : comment faire ces choix si la campagne ne se fait que sur BHV, sur des petites phrases assassines, sur des mini-scandales et des débats spectacles ? La CNE veut contribuer à ce que le débat démocratique se fasse sur les questions importantes ; le prochain numéro, début juin, vous présentera ce que les principaux partis ont fait ou s'engagent à faire sur ces 4 questions simples.

Car les réponses des candidats n'ont d'intérêt que lorsque ce sont les citoyens qui choisissent les questions ; et la liberté du vote n'a de réelle valeur qu'au prix de la vérité du débat.

 

Felipe Van Keirsbilck
Secrétaire Général