Pourquoi la prepension est une (grande) question politique… |
Quels sont leurs deux arguments essentiels ? D’abord, disent-ils, chaque prépension est un échec, car c’est un emploi perdu, et c’est d’autant plus dur quand c’est une personne encore jeune, de 52 ou de 55 ans par exemple, qui est mise dehors avec très peu de chances de retrouver un emploi convenable. Ensuite, ils s’indignent que des entreprises qui prépensionnent fassent appel à l’argent de la Sécu, puisque les prépensionnés perçoivent une allocation de l’ONEm. C’est d’autant plus scandaleux, ajoutent-ils, quand l’entreprise en question est une multinationale qui fait des bénéfices comme c’est le cas avec Carrefour. Commençons par leur donner raison sur chacun de ces deux points. Oui, chaque fois qu’un travailleur est mis dehors, que ce soit en prépension ou autrement, c’est un échec social et bien souvent un drame personnel. Mais comme il est rare que les économistes, les éditorialistes à la mode et les libéraux partagent nos indignations, cela devrait nous pousser à réfléchir un peu plus loin. Chaque emploi perdu est un échec ? Bien sûr ! Mais quelles alternatives proposent-ils ? Sont-ils capables d’interdire les licenciements et les fermetures ? Pourquoi leur indignation est-elle si grande devant 910 prépensions et si faible devant 600.000 chômeurs, dont tant de jeunes qui n’ont jamais pu décrocher un premier emploi ? Il est scandaleux que ces 910 personnes soient en partie à charge de la Sécu, alors que Carrefour fait des bénéfices ? Bien sûr ! Mais pourquoi font-ils ce raisonnement pour les prépensions et pas pour les réductions de cotisations sociales ou pour les intérêts notionnels ? ( total : plus de 200 millions en 4 ans pour Carrefour Belgique, qui a sur cette période supprimé 4.698 emplois !). Les aides publiques colossales, les politiciens amis des patrons, ont-ils au moins essayé de les conditionner à un réel maintien de l'emploi? On pourrait, dans un espace moins serré que celui d’un édito, en dire davantage. Mais la brève réflexion ci-dessus suffit au moins à montrer ceci : si un moraliste peut disserter à l’infini sur les bons et les mauvais côtés de la prépension, un citoyen digne de ce nom devra, lui, être capable de choisir. Que ce soit dans une négociation d’entreprise ou dimanche dans l’isoloir, une chose est claire : en attendant qu’un beau jour on ait supprimé les licenciements et le chômage des jeunes, les adversaires de la prépension sont, politiquement et objectivement, les adversaires des travailleurs.
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