Une prime de crise de 1.666 € …
mieux que rien, mais moins que bien !

Depuis ce 1er janvier, et jusqu’au 30 juin, certains ouvriers recevront, en cas de licenciement, une prime de 1.666 € en plus de leur préavis. Commençons par nous en réjouir : les licenciements pleuvent, malheureusement – et touchent surtout des ouvriers : les syndicats ont demandé au gouvernement de prendre une mesure en urgence ; nous avons obtenu cette prime de crise ; tout ce qui peut soulager la détresse d’un travailleur mis dehors est bienvenu.

Comme face à une maladie grave, toutefois, il faut voir plus loin que le soulagement immédiat que procure un anti-douleur, ou une prime de crise. Que représente cette mesure pour l’avenir de l’ensemble des travailleurs, ouvriers et employés ? Commençons par nous poser 3 questions :

Qui aura droit à cette prime ?
Les ouvriers « les moins protégés ». C’est-à-dire ceux qui ne bénéficient que de leur préavis, et pas d’une cellule de reconversion.

Que représente cette prime ?
1.666 € nets, ce n’est pas rien ; mais dans la situation actuelle, où retrouver un emploi est particulièrement difficile, cela ne garantira pas très longtemps la sécurité d’existence du travailleur mis au chômage…

Qui paie cette prime ?
Dans certains cas, des employeurs qui ne montreraient aucune bonne volonté devront payer un tiers ; mais pour l’essentiel, c’est la Sécu qui paiera.

Cela éclairci, posons la question : cette « prime de crise » peut-elle, à moyen terme, préparer la bonne solution pour les ouvriers ? Pour les employés ? Pour l’emploi et l’ensemble des travailleurs en Belgique? Nous sommes persuadés que non, pour deux raisons :

Primo parce que faire payer cette amélioration du préavis par la Sécu – faut-il rappeler que la Sécu, ce sont des cotisations sur le salaire des travailleurs, c’est donc une continuation de nos salaires – n’a évidemment aucun effet dissuasif sur les entreprises qui choisissent de licencier. Si la crise frappe les ouvriers encore plus durement que les employés, c’est notamment parce que, en Belgique, licencier un ouvrier reste très bon marché pour l’employeur. Cette mesure, bienvenue dans l’immédiat, n’aura donc hélas aucun effet notable sur la facilité avec laquelle nos collègues ouvriers sont licenciés aujourd’hui.

Secundo parce que, devant le défi du rapprochement du statut des ouvriers et des employés, la CNE et l’ensemble de la CSC veulent une solution globale – pas des improvisations partielles. Cette solution, nous l’avons mise au point (voir les détails) ; elle repose notamment sur un préavis harmonisé vers le haut, d’un mois par année d’ancienneté, avec un plancher de 2 mois. Cette proposition globale est réaliste, finançable, et permet d’aller vers un statut commun, harmonisé entre ouvriers et employés, et meilleur pour tous. Le danger de cette « prime de crise » payée par la Sécu est d’offrir aux patrons une trop belle échappatoire pour ne jamais devoir rencontrer leur responsabilité réelle, qui est de relever les préavis des ouvriers au niveau de celui des employés. Pour que la durée du préavis garantisse la sécurité d’existence du travailleur licencié ; et surtout pour qu’il soit suffisamment cher pour que l’entreprise réfléchisse à deux fois avant de jeter un travailleur dehors – bien souvent pour les beaux yeux de ses actionnaires.

Il faut ici le dire clairement : nous serons solidaires de nos collègues ouvriers pour harmoniser vers le haut tous les aspects des statuts ouvrier et employé ; et la différence des préavis est la plus criante. Nous serons solidaires par principe ; et aussi parce que relever le préavis des ouvriers est la meilleure manière d’éviter que demain un mauvais compromis se fasse, dans lequel la majorité des travailleurs seraient perdants.

En conclusion, la réponse du gouvernement à nos demandes a le mérite de reconnaître explicitement ce que nous répétons depuis des années : les préavis ouvriers en Belgique sont scandaleusement courts ; parmi les plus courts d’Europe ! Mais cette réponse « de crise » ne constitue pas la base d’une solution de long terme. Aux employeurs qui pourraient rêver d’établir demain, pour tout le monde, un préavis express pour travailleur jetable, maigrement compensé par une « prime » payée par la collectivité, nous disons simplement : nos délais de préavis ne sont pas des privilèges, mais la meilleure assurance contre le licenciement. Nous les défendrons de toutes nos forces.

 

 

 

 

Felipe Van Keirsbilck
Secrétaire Général