Choisir le mieux |
Il y a deux sortes d’optimisme. L’un consiste à faire le gros dos devant le danger, en espérant que les choses finiront d’elles-mêmes par aller mieux : c’est un optimisme fondé sur la lâcheté. L’autre optimisme se fonde sur le courage : il regarde le risque et veut faire des choix pour que les choses aillent mieux. Depuis 1972 (rapport du club de Rome sur les limites de la Croissance), nous savons que la croissance économique, qui a apporté beaucoup de bien-être, est aussi chargée de périls, et rencontrera des limites. Depuis 10 ans au moins, le débat sur le CO² nous montre que ces limites ne sont pas à l’horizon : nous y sommes. Une grande partie des doctes économistes qui font l’opinion n’a jamais voulu prendre au sérieux ce débat sur la croissance. Ils prenaient pour des fantaisistes syndicats et associations qui mettaient en doute la religion du PIB. Le pétrole viendra à manquer, le climat se dérègle, le chômage explose : peu importe, proclamaient-ils : les choses finiraient par s’arranger ; il ne faut pas dévier du libéralisme aveugle. La réalité les a rattrapés. L’année 2009 est une année de décroissance pour l’économie mondiale. Les conséquences en sont brutales chez Opel, chez Inbev ; elles sont bien pires dans les PME qui ferment loin des caméras ; bien pires dans les pays pauvres. Et si on arrêtait de subir ce moins qui nous conduit au pire ? Si on choisissait que certaines activités, riches en emplois et en qualité de vie, doivent croître, et que d’autres, polluantes ou inutiles, doivent ralentir ? Si on encadrait l’économie par des politiques de développement, pour moins de croissance et mieux de bien-être ? C’est un débat à commencer sans délai. En matière d’emploi et de temps de travail, en tout cas, la CNE a fait ce choix depuis longtemps : avec la réduction collective du temps de travail (RTT – voir pages 6 et 16), nous voulons travailler moins, pour travailler tous et vivre mieux. La multiple crise que nous traversons a au moins le mérite de nous rappeler que des choix courageux sont urgents. Plus personne ne peut croire aux promesses des charlatans de l’économie : « les bénéfices et la croissance d’aujourd’hui seraient les emplois de demain »… On a vu comme les bénéfices d’hier ont donné le crash d’aujourd’hui et le chômage pour longtemps. Certains politiques se satisfont de ce cocktail : supers bénéfices pour les actionnaires / chômage pour les travailleurs ; d’autres manquent de courage pour voir que la RTT et le partage du travail sont une nécessité. Résultat : il arrive avec l’emploi ce qui est arrivé avec le ralentissement de la croissance. Si on ne choisit pas la RTT collectivement négociée et sans perte de salaire, on subit un partage inégal et brutal du travail disponible : aux uns le chômage ou les petits boulots précaires ; aux autres les trop longues journées. Nombreux sommes-nous, d’ailleurs, à recourir à des formules individuelles de crédit-temps ou de congés « thématiques » (voir page 7): ce qui prouve que partager le travail est possible pour les entreprises, et souhaité par les travailleurs. Nous avons le droit de préférer des politiques de développement débattues démocratiquement plutôt que la croissance du PIB à n’importe quel prix. Nous avons le droit de choisir la RTT et la qualité de vie pour tous, plutôt que la course à travailler plus pour consommer plus. Face au chômage qui risque de sacrifier une génération de plus, ce choix doit devenir notre priorité. L’optimisme qui consisterait à attendre que la croissance (et le père Noël) apporte les solutions n’est pas la sorte d’optimisme qui convient au mouvement syndical.
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