Tout le monde est beau … |
Depuis que l’on a appris que les génies de la bulle financière n’étaient pas aussi géniaux qu’on le pensait et que l’on a commencé à mesurer l’étendue des dégâts provoqués par leurs errements, est apparue une notion jusqu’alors inconnue et qui monte en force chaque jour. Vous l’avez sûrement de suite reconnue, il s’agit de la sacro-sainte « économie réelle ». Ainsi donc il y aurait deux économies ! car s’il y en a une « réelle », il doit aussi forcément y avoir une « irréelle ». L’irréelle, on la connaît désormais, la galeuse, la pestiférée, la bâtarde, le bouc émissaire parfait c’est l’économie financière. Tellement irréelle qu’elle a réussi à faire évaporer la moitié de la richesse mondiale en dix-huit mois ; bel exploit pour une économie qui n’existerait pas réellement. La réelle, celle qui est brusquement parée de toutes les vertus, que l’on doit encenser et vénérer, c’est l’économie de production de biens et de services, celle qui « travaille » réellement. Voilà donc qu’en économie comme ailleurs, il y a des bons et des mauvais, des gentils et des méchants. Les bons et les gentils, c’étaient hier les financiers et les banquiers qui faisaient fructifier à des taux d’intérêt jamais espérés les placements de leurs « petits » et surtout de leurs « grands » actionnaires. Ce que l’on voudrait nous faire croire, c’est que les « grands actionnaires », ceux qui décident, ignoraient ce que tripotaient les « grands managers » qu’ils avaient désignés aux affaires avec mission de gagner un maximum de fric en un minimum de temps ; les résultats d’une telle politique étaient prévisibles et il n’a pas fallu longtemps pour en mesurer les premiers dégâts (car c’est loin d’être fini). Les mauvais et les méchants, c’étaient hier les grandes entreprises qui de restructurations en fusions, de filialisations en délocalisations, jetaient à la rue des centaines de milliers de travailleurs de par le monde, pour être toujours plus « grandes », pour maximaliser les bénéfices. Le premier effet de ces opérations étant quasi à chaque fois une montée spectaculaire des actions en bourse ; tiens, tiens nous revoilà passés de l’économie « réelle » à l’économie irréelle grâce à des charrettes de licenciements. Des légions de brillants experts, tous bardés de diplômes des plus grandes universités qui nous ont expliqué pendant des années comment fonctionnaient la finance et l’économie « réelle » n’ont, pour la plupart, rien vu venir jusqu’à la veille de l’explosion de la « bulle financière ». Mais ce sont les mêmes qui nous expliquent aujourd’hui comment cela s’est passé et qui nous expliqueront demain comment il faudra faire à l’avenir pour que « cela ne se passe plus ». Peut-être serait-il temps, qu’avec des mots que la plupart des gens peuvent comprendre, ils nous expliquent qu’économie réelle et irréelle c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Que ce sont à peu de chose près les mêmes qui sont à la manœuvre. Que les bonzes de la finance et ceux de l’industrie et des technologies siègent ensemble dans les conseils d’administration des holdings financiers, des banques et des grandes entreprises industrielles et de services. Ils ont tous participé à des titres divers aux folles décisions qui conduisent aujourd’hui le monde dans une impasse que la masse des gens va payer, à commencer par les plus faibles et les plus pauvres. En prime … ils ont ouvert avec une vitesse de réaction étonnante le plus beau, le plus merveilleux des parachutes dorés. Vous l’aurez aussi reconnu, il s’agit des parachutes d’Etat. Si tous et toutes ensemble nous ne réagissons pas et si la classe politique ne prend pas enfin ses responsabilités, il n’y a plus qu’une certitude : c’est nous qui paierons la note et demain, ils continueront comme si rien ne s’était passé. Bonnes fêtes de fin d’année quand même.
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