Le contrat d’emploi en danger


Exceptionnellement, en guise d'édito, nous reproduisons le contenu du tract distribué en ce moment dans les entreprises par le front commun syndical des employés. Le 29 avril prochain, 2.000 délégués des organisations syndicales des employés se rassembleront à Bruxelles pour marquer leur volonté de mobilisation pour obtenir un meilleur statut pour tous, ouvriers comme employés.


De façon de plus en plus accélérée, la récession économique se répercute grave­ment sur l’emploi et le revenu de tous les travailleurs.

Après les mesures du pacte des générations, les manipulations et les attaques contre l’index, les exigences de flexibilité totale et l’augmentation constante de la charge de travail, les employeurs passent à la vitesse supérieure et c’est par milliers que des travailleurs sont licenciés pour cause de restructurations ou de faillites.

Des dizaines de milliers d’ouvriers sont mis en chômage temporaire, certains depuis des mois.

Certains ouvriers bénéficient d’indemnités complémentaires au chômage, mais pour tous les pertes de revenus sont lourdes et l’angoisse de passer du chômage temporaire au licenciement définitif est pour beaucoup une dure réalité.

Les employeurs, soutenus par certain-es responsables politiques, exigent que le chômage temporaire soit étendu aux cadres et aux employés; ce qui n’est pas aujourd’hui légalement possible.

La raison principale évoquée c’est que, grâce à cette mesure, on pourrait éviter les licenciements secs pour les employés et garder ainsi la main d’œuvre au chaud pour en disposer lors de la reprise économique.

Nous sommes émus de constater à quel point les employeurs sont soucieux du bien-être et de la sécurité des travailleurs, c’est donc le moment d’être sur nos gardes.

Nous devons intégrer la situation actuelle dans une négociation globale qui est en panne depuis des années sur l’harmonisation du statut entre les ouvriers et les employés. Aujourd’hui, les ouvriers sont victimes de différences inacceptables en matière de préavis, de perte de revenu en cas de maladie (1er jour non payé) et de chômage économique lorsque l’entreprise va mal.

D’autres points sont encore à harmoniser : pécule de congé, salaire mensuel garanti, période d’essai … . Nous avons dit clairement que nous étions prêts à discuter globalement de ces dossiers qui sont indissociables.
En ce qui concerne les préavis, une harmonisation vers le haut doit profiter tant aux ouvriers qu’aux employés.
Concernant l’ouverture du chômage éco­nomique aux employés, il est évident que cela doit se discuter dans le cadre de cette négociation globale.

Il faut donc un signal clair et des garanties du gouvernement et des employeurs que l’on ne tente pas d’imposer un soi-disant chômage « temporaire de crise », avec l’intention de le rendre en pratique définitif.

La pression sur les employés s’accentue chaque jour, ne précipitons pas le débat !
D’autres solutions sont possibles et doivent d’abord être envisagées en alternative au chômage économique pour compenser la baisse des activités liée à la crise.

Ces alternatives sont les suivantes :

  • Réduction collective temporaire du temps de travail liée à une réduction des cotisations ONSS avec une adap­tation législative permettant une utilisation plus large et plus souple de la loi Vande Lanotte-Di Rupo
  • Pour la durée de la crise, mise en place d’un crédit-temps plus souple et ouvert à tous.

Si des situations aiguës dans des entreprises ne peuvent être résolues par ces mesures et que le chômage économique temporaire des employés reste la seule solution possible, nous sommes prêts à en discuter moyennant un cadre strictement défini.

Quel doit être ce cadre  ?

Pas de généralisation automatique à tous les employés, par un encadrement sectoriel et dans l’entreprise, ce qui signifie :

  • La fixation d’indemnités complé­mentaires au chômage pour tous les travailleurs (ouvriers et employés)
  • La récupération préalable des heures supplémentaires, ce qui implique l’enregistrement du temps de travail pour tous
  • L’implication des représentants des travailleurs au niveau des entreprises
    De plus, puisque le chômage économique des employés ferait gagner des sommes considérables aux employeurs – là où il serait appliqué – autorise à exiger la sécurité d’emp­loi pour tous (ouvriers et employés).

Il serait en effet contradictoire de licencier là où le chômage économique est instauré.
Eviter les licenciements secs est l’argument principal utilisé par les employeurs pour justifier le chômage économique, qu’ils prouvent leur cohérence.

Qui va payer ?

Il est crucial d’obtenir des garanties de financement afin de ne pas mettre à mal la sécurité sociale.

Les travailleurs payent déjà la crise une fois soit en perdant leur emploi soit par la diminution du pouvoir d’achat. Pas question de payer une seconde fois parce que les employeurs refusent de prendre en charge le financement de cette mesure.

Que notre position soit claire :

Les ouvriers et les employés payent déjà durement la crise et il est temps de faire payer aussi ceux qui en sont les principaux responsables.

On nous prédit un plan de « rigueur-budgétaire » dès que les élections régio­nales de juin 2009 seront passées.

La grande fraude fiscale (voir procès KBC) et les intérêts notionnels aux entreprises, chers à M. Reynders, sont autant de dizaines de milliards d’euros qui échappent aux finances publiques alors que la Belgique vient d’être pointée par l’OCDE et le G20 sur la liste grise des paradis fiscaux.

Voilà bien un gisement de recettes dis­ponibles pour l’Etat qu’il appartient au gouvernement de récupérer en priorité.

Ensemble, ouvriers, employés, cadres, luttons pour un meilleur statut pour toutes et tous.

 

 

Erwin De Deyn
Président du SETCa
Myriam Delmée
Vice-présidente du SETCa
Raymond COUMONT
Secrétaire Général CNE
Ferre Wyckmans
Secrétaire général
de la LBC